L’homme et l’espace


La relation entre l’homme et l’espace a toujours été une relation mystérieuse et difficile. Pendant des millénaires, l’espace ne fut qu’un plafond noir sur lequel nous dessinions des constellations. L’arrivée de la science moderne, de Galilée à Einstein, nous a certes permis de comprendre les mécanismes de base qui régissent l’univers (la gravité, l’expansion de l’univers), mais, au final, il est toujours aussi difficile de se faire une image claire du cosmos.

 

La folie des ordres de grandeur

La première raison de cette incapacité est simple : nous ne comprenons la réalité qu’à travers des comparaisons avec nous-mêmes. Notre compréhension d’un arbre de quinze mètres, par exemple, est simple : nous savons qu’il fait grosso modo dix fois notre taille. Lorsque les grandeurs augmentent, notre cerveau peine. Le plus haut gratte-ciel du monde, le Burj Khalifa à Dubaï, commence déjà à nous faire tourner la tête du haut de ses huit cent mètres. La plus haute montagne du monde, l’Everest, qui culmine à près de 9km, est quant à elle bien au-delà de ce que notre cerveau peut comprendre (on se contentera d’intégrer le fait que « c’est très haut »).

Toutes ces grandeurs, qui échappent déjà à notre entendement immédiat, sont pourtant dérisoires.

Elles sont même déjà dérisoires du point de vue de notre planète. L’atmosphère terrestre culmine à 100km de haut. Il faudrait 125 Burj Khalifa construits les uns sur les autres pour atteindre la frontière sacrosainte de l’espace (et on serait encore loin des altitudes auxquelles crapahutent les personnages du film Gravity, entre 300 et 650km). A titre de comparaison, si l’atmosphère avait taille humaine, le plus grand gratte-ciel du monde serait donc… une fourmi.

Si de telles grandeurs nous sont difficiles à appréhender, il n’est alors pas surprenant que l’espace, échappe à notre entendement. Car, si nous sommes tous familiarisés (par l’éducation, l’école, les médias) avec la lune, le soleil le système solaire et tous les astres qui côtoient l’environnement immédiat de notre belle planète, les distances qui les séparent nous restent incompréhensibles.

Il suffit de voir les nombres s’allonger pour abandonner tout espoir. La lune, qui nous émerveille chaque nuit, est à plus de 380 000km, soit 3800 atmosphères terrestres, 42 000 Everest, et 475 000 gratte-ciels empilés les uns sur les autres. Vénus, la planète la plus proche de la Terre, que nous appelons quotidiennement « l’étoile du berger », est quant à elle à 43 millions de kilomètres, soit 430 000 atmosphères terrestres, 5 millions d’Everest, et… accrochez-vous, 54 millions de gratte-ciels empilés les uns sur les autres. A titre informatif uniquement, juste pour le fun, il faudrait empiler plus de 22 milliards de ces mêmes gratte-ciels pour atteindre les confins du système solaire (oui, au-delà de Pluton, Sedna et les anciennes planètes déchues).

Aussi fous qu’ils puissent paraître, il est pourtant primordial de réaliser que ces ordres de grandeur sont eux-mêmes… dérisoires ! La lumière du soleil met environ huit minutes à atteindre la Terre. Elle met quatre… années pour atteindre l’étoile la plus proche, Proxima Centauri (non, vraiment, notre voisin de palier à l’échelle de la galaxie) ! En dézoomant un grand coup, cette même lumière met ensuite 80 000 ans à atteindre les confins de la galaxie, et encore 2,4 millions d’années à rejoindre Andromède, la galaxie la plus proche de la nôtre et que nous pouvons voir à l’œil nu lorsque la météo le permet.  Evidemment, Andromède et notre galaxie ne sont que deux galaxies parmi les milliards qui composent l’Univers (et nous ne parlons que de celui que nous sommes capables de voir et d’analyser).

Même lorsqu’on essaie de vulgariser à l’extrême et de rapporter ces ordres de grandeur à des choses de notre quotidien, on ne peut qu’avoir le vertige. Par exemple, si les étoiles étaient des grains de sable, toutes les plages du monde ne suffiraient pas à accueillir l’Univers. Et notre bonne vieille Terre ne serait qu’un atome d’un seul de ces petits grains de sable…

 

La centralité de la Terre en question

La mystérieuse et difficile relation entre l’homme et l’espace ne dépend pourtant pas que de notre compréhension des ordres de grandeur. Elle dépend aussi de ce que nous considérons comme la centralité dans notre Univers.

Pendant des millénaires, l’homme a considéré la Terre comme le centre de l’univers. Les différentes religions et croyances auxquelles il a souscrit ont fait de notre planète le berceau central de toute vie et de toute civilisation. Aujourd’hui, la science nous a appris que la Terre n’est qu’un astre parmi d’autres, tournant autour d’un soleil qui est lui-même une étoile parmi des milliards. Pour autant, dans notre esprit, la Terre n’a jamais perdu sa centralité, à défaut d’autres points de comparaison tangibles dans l’espace.

Durant l’Antiquité et jusqu’au Moyen-Âge, les océans, qu’on appelait alors « mers extérieurs », étaient des mystères peuplés de dragons et de gouffres sans fonds, pour la simple et bonne raison qu’on n’avait découvert aucune terre au-delà. L’Europe était alors de facto le centre du monde (elle l’est encore aujourd’hui sur les planisphères). Aujourd’hui, notre « mer extérieure » est l’espace, notre « Europe » est la Terre, et nous continuons de peupler l’inconnu de monstres exotiques et d’histoires de science-fiction. Rien n’a changé, la frontière a juste été repoussée (« l’ultime frontière » diraient les amateurs de Star Trek).

Pour autant, la centralité de la Terre est aujourd’hui en train  de s’effriter, préfigurant de profonds changements dans la relation entre l’homme et l’espace. Depuis près de vingt ans, nous découvrons chaque jour l’existence de nouveaux mondes au-delà de cette mer extérieure. Cette année, nous avons même dépassé le nombre de 1000 « exoplanètes » (c’est-à-dire, en dehors de notre système solaire). Et il ne s’agit que de notre environnement immédiat, de nos voisins de paliers. Si on se fie aux prévisions scientifiques, ces nouveaux mondes seront bientôt des millions. La quête de la « Earth’s twin », c’est-à-dire d’une planète comparable à la Terre, est une des recherches scientifiques les plus prolifiques et financées aujourd’hui. Personne ne doute plus qu’il ne s’agit que d’une question de temps.

Que produira alors sur l’homme le fait de savoir que la Terre n’est pas centrale ? Connaitrons-nous la même effervescence que lorsque tous les princes d’Europe voulurent financer leurs voyages vers la nouvelle « America » ? La dernière fois que ce type de découvertes nous a touchés, tous nos fondements philosophiques et moraux ont été remis en question, à tel point que nos manuels d’histoire parlent aujourd’hui de Renaissance.

Et vous, que vous inspire l’espace ? 

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