Le futur du racisme, ou le racisme du futur ?


racisme du futur

A quoi ressemblera le racisme du futur ? S’agira-t-il des concepts et des pratiques  que nous connaissons aujourd’hui, et que nous avons connus dans le passé ? Verrons-nous éclore des formes inédites de racisme ?

 

Le futur du racisme…

 

« La socialisation progressive d’Internet que nous connaissons aujourd’hui pourrait faire de la viralité et de la popularité les deux seuls critères de la connaissance dans un futur proche, au détriment de la réalité de l’information elle-même. »

Parce que le racisme est une idéologie basée en grande partie sur un trucage du regard humain (ce que le sociologue Pierre-André Taguieff appelle la « force du préjugé »), il est probable qu’il se métamorphose à mesure que ce regard mute et se complexifie. Dans un avenir proche, notre regard sera « enrichi », au sens informatique du terme, par tout un tas d’appuis technologiques. Nous ne contemplerons plus notre prochain de manière naturelle, mais au travers d’un prisme informatif paramétrable à foison. C’est déjà le cas aujourd’hui avec les fameuses « Google Glasses » qui nous donnent un aperçu du futur à dix, quinze ans. Dans un siècle ou moins, ces outils seront  intégrés à nos cerveaux par le biais de puces neurales, et en seront devenus des alliés permanents et silencieux. Notre regard sur autrui, aujourd’hui fortement dépendant de construits sociaux et culturels dans lesquels s’épanouissent des préjugés racistes, sera en théorie plus  qualifié et neutre. En théorie seulement, car si la quantité d’informations sera supérieure, et si la vitesse de consommation de la connaissance sera réduite, rien ne garantit que la qualité du contenu sera pour autant meilleure ou moins stigmatisante. Tout comme Internet est aujourd’hui noyé sous une tonne d’informations douteuses voire clairement  erronées (sans parler des « fakes » et « hoax » parfois difficiles à déceler), ces outils dépendront de ce qu’on en fait. Ils pourraient même très bien produire de nouveaux critères de discrimination (« combien de relations Linkedin possède la personne que je regarde en ce moment ? » ) au lieu de les réduire.  La socialisation progressive d’Internet que nous connaissons aujourd’hui pourrait faire de la viralité et de la popularité les deux seuls critères de la connaissance dans un futur proche, au détriment de la réalité de l’information elle-même. Si c’est le cas, non seulement la « force du préjugé » ne sera pas moins puissante : elle pourrait l’être d’avantage ! En effet, un contenu satirique infériorisant (et potentiellement raciste) sera toujours plus viral qu’un article neutre et explicatif. Et son impact en termes de mémorisation et d’influence sociale en sera d’autant plus grand et dangereux.

 

« Faute d’attraction, les migrations du Sud vers le Nord diminueront voire disparaîtront, ce qui renversera nos stéréotypes de ‘l’immigration’ et de ‘l’immigrant’. »

Le futur du racisme dépendra également des bouleversements géopolitiques qui  secoueront le monde de demain. A mesure que les pays émergents rattraperont et dépasseront les anciennes métropoles coloniales, la planète sortira peu à peu de ce que l’historienne Catherine Coquery Vidrovitch appelle le « postulat de la supériorité blanche » et qui continue encore aujourd’hui de marquer les rapports Nord/Sud. Faute d’attraction, les migrations du Sud vers le Nord diminueront voire disparaîtront (tandis que les migrations Sud-Sud exploseront « à l’horizon 2030 » selon la politiste Catherine Wihtol de Wenden), ce qui renversera nos stéréotypes de « l’immigration » et de « l’immigrant ». A long terme, on peut envisager deux futurs : l’utopie d’une planète entièrement multilatérale, équilibrée et « mondocentrée » dans laquelle l’absence de rapports de domination videra le racisme de tout son potentiel politique; ou au contraire la dystopie d’un monde dominé par les pays du Sud, où  « l’occidental » et « l’européen » seront devenus des mots aussi chargés péjorativement qu’on put l’être à une époque, « oriental » et « africain ». Difficile à imaginer, n’est-ce pas ? La vérité est sûrement entre les deux. Mais avouez que cela serait une belle ironie de l’histoire.

 

ou le racisme du futur ?

 

« Comment ne pas craindre de nouvelles formes de discrimination,  voire de racisme, envers ces nouveaux ‘humains augmentés’ ou ‘hybrides’. »

Le racisme pourrait prendre dans le futur de nouveaux visages à mesure que l’homme découvre de nouvelles frontières à sa propre identité. Si aujourd’hui, et pour encore quelques années, la technologie n’est qu’une alliée « extérieure » à notre propre corps, elle fera demain partie de notre intimité. Nous ferons poser des puces dans le lobe frontal de notre cerveau, nos muscles seront améliorés par des tissus modifiés génétiquement,  et nos os vieillissants renforcés par des exosquelettes en métal souple. Ce futur « transhumaniste » sur lequel planchent actuellement les plus grands laboratoires R&D de Google, Nokia, Autodesk ou encore Facebook est encore de la science-fiction en 2014, mais sera notre réalité d’ici cinquante ans. Dans ce contexte, comment ne pas craindre de nouvelles formes de discrimination,  voire de racisme, envers ces nouveaux « humains augmentés » ou « hybrides » ; et parallèlement un contre-racisme contre les « humains normaux » ? A bien des égards, cette opposition est déjà aujourd’hui préfigurée par le combat philosophique et littéraire que se livrent les « bioconservateurs » et les « bioprogressistes » . Le danger des hiérarchies racistes fondées sur des différences physiques pourrait alors très bien ressortir des vieux placards scientistes du XIXe siècle. L’économiste français Henri Lepage n’hésite ainsi pas à parler d’une opposition possible entre une « humanité carbonée »,  c’est-à-dire, constituée uniquement de cellules de carbone comme aujourd’hui, et une « humanité siliconée » constituée d’une hybridation de cellules naturelles et d’augmentations technologiques. Au sein même de cette nouvelle humanité siliconée pourraient ensuite voir apparaître des discriminations selon la qualité de l’augmentation (informatique, biotechno, nanotechno, voire, à terme, le remplacement par une intelligence artificielle…).

 

« A quoi ressemblera le racisme dans un Univers où l’Homme n’est plus seul ? »

Enfin, comment ne pas évoquer le racisme du futur sans imaginer la découverte de nouvelles espèces sentientes (doués d’émotions), ou même pourquoi pas pensantes,  dans l’Univers ? L’existence de ceux que la science-fiction appelle aujourd’hui « extra-terrestres » ou « aliens » paraît de plus en plus probable à mesure que les découvertes scientifiques (et notamment celles de la mission « Kepler » de la NASA, depuis 2009) déduisent la présence de centaines de planètes sembables à la Terre dans notre galaxie (et potentiellement bien plus ailleurs). A quoi ressemblera le racisme dans un univers où l’Homme n’est plus seul ? Sera-t-il effacé par le nécessaire élan de solidarité qui rassemblera l’humanité face aux nouveaux venus ? Sera-t-il remplacé par une nouvelle forme de discrimination raciste ou, plus précisément, spéciste contre ces « non-humains » ?  Ou, a contrario, l’homme sera-t-il assez intelligent pour relativiser d’emblée les différences physiques et se concentrer sur l’acceptation et l’apprentissage de l’inconnu ? Quoiqu’il en soit, la découverte d’une autre espèce pensante dans l’Univers sera un formidable évènement psychosociologique qui transformera probablement l’image que nous nous faisons de nous, et incidemment, que nous nous faisons de « l’Autre ». Malheureusement, peut-être devrons-nous encore attendre encore quelques milliers d’années…

 

 

Sources :

http://www.cairn.info/resume.php?ID_ARTICLE=SEVE_035_0075
http://www.lemonde.fr/sciences/article/2013/04/18/google-et-les-transhumanistes_3162104_1650684.html
http://blog.turgot.org/index.php?pages/Bioetechnologies-discussion
http://www.liberation.fr/evenements-libe/2014/04/12/on-peut-deja-piloter-une-machine-avec-son-cerveau_996284
Jalees Rehman, M.D.: ‘Occidentophobia’: The Elephant in the Room »
http://www.lemonde.fr/societe/article/2013/12/12/les-nouveaux-habits-du-racisme_4333530_3224.html
http://www.huffingtonpost.fr/pierreandre-taguieff/racisme-anti-blanc_b_1918224.html?page=2


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