Bonne année 2015, dites-vous ?


Pourquoi avez-vous fêté le 1er janvier  ?

Dans le monde entier et depuis cinq jours, des milliards de personnes se souhaitent une bonne année 2015 à grands renforts de voeux. Il s’agit d’un évènement tangible, concret, planétaire, à tel point qu’il a mérité qu’on décompte les précieuses secondes qui nous en séparaient. « Waw, déjà 2015 ! », s’est-on étonné. Et paradoxalement, malgré l’ampleur de l’évènement, qui est capable de dire pourquoi le nouvel an est le 1er janvier et pas le 1er février ? Dans d’autres cultures (hébraïque, chinoise, russe), il s’agit même d’un jour comme les autres. Alors, pourquoi l’avons-nous fêté avec tant de liesse?

Durant toute l’époque romaine, c’est le mois de mars qui annonçait à la fois le début du printemps et de l’année. Comme dans toutes les civilisations antiques (depuis les Mayas à la Chine en passant par Rome), le temps était calé sur le rythme des saisons et de la nature, souvent déifiés. Janvier (Ianarius en latin et février, qui étaient alors les onzième et douzième mois (et non les deux premiers), n’ont été crées par les Romains qu’au VIIe siècle avant JC  pour faire correspondre leur calendrier à la révolution du soleil.  En résumé, il s’agissait de deux mois bouche-trou, littéralement, et il ne serait venu à l’idée d’aucun romain de fêter quoi que ce soit le 1er janvier.

 

Le développement de la religion chrétienne a changé la façon dont les Romains (et à travers eux, l’Europe romanisée) ont envisagé le calendrier. Pendant tout le Moyen-Âge, on a alors fêté le début de l’année  suivant les  coutumes religieuses locales. C’est à partir du 4e siècle qu’on a commencé dans certaines régions à fêter le 1er janvier, date légendaire de la circoncision de Jésus, comme le début de l’année. Toutefois, la grande majorité du monde chrétien, depuis la Roumanie à la Bretagne, a alors continué  à fêter le Nouvel an à Noël ou à Pâques, les deux plus grandes fêtes chrétiennes.

Il faut en fait attendre le 16e siècle, c’est à dire hier à l’échelle de l’Humanité, pour que l’Europe  (et indirectement, toutes les régions du monde qu’elle marquera ensuite de son empreinte…) fasse officiellement du 1er janvier le début de l’année. Et ce pour des raisons tout à fait… triviales. En France d’abord, le roi Charles IX,  désireux d’afficher l’unité de son royaume et lassé de voir le nouvel an fêté à des dates différentes à Lyon, Paris ou Lille (ce qui nous paraît aujourd’hui loufoque), a fixé officiellement le 1er janvier comme début de l’année en 1564 par édit royal. Quelques décennies plus tard, en 1622, le pape Grégoire XV, également menacé par la division des rites chrétiens, a obligé tous les pays catholiques à débuter le calendrier le 1er janvier. La raison pour laquelle nous fêtons aujourd’hui le Nouvel an le 1er janvier est donc avant tout politique !

Nous ne sommes pas en 2015

Les désillusions ne s’arrêtent pas là. Vous pensiez avoir fêté 2015 ? N’en soyez pas si sûrs. En 525 à Rome, le moine Dionysius Exiguus a calculé la date de la naissance de Jésus-Christ avec les moyens dont il disposait. Un siècle plus tard, c’est à partir de son calcul que l’Eglise a décidé de compter officiellement le temps, que nous utilisons encore aujourd’hui. Des études contemporaines ont montré qu’il s’était probablement trompé, au moins de quatre ans, et plus vraisembablement, de sept ans. Le pape Benoît XVI l’a lui-même reconnu en 2012, en se basant sur les calculs de l’astronome Kepler. Nous ne sommes donc pas en 2015. Peut-être sommes nous-en 2008, ou en 2011  (non, cela ne vous rajeunit pas pour autant, désolé) !

La mesure du temps est avant tout déterminée par ceux qui écrivent l’Histoire. Si la religion chrétienne n’avait pas existé, nous devrions  peut-être attendre le mois de mars pour fêter la nouvelle année romaine 2767. Si l’Histoire avait été sino-centrée, et non euro-centrée, nous fêterions probablement tous le Nouvel an en février, et l’année actuelle serait… 4712 ! (selon la datation chinoise classique). On pourrait en dire autant de la façon dont nous regroupons nos jours en semaines de sept jours, issue des traditions juive puis chrétienne. Ce qui paraît naturel aujourd’hui ne l’a pas toujours été !

Le plus étonnant reste que nous sommes tout à fait conscients que les calendriers sont des fictions culturelles que nous superposons les uns aux autres sans ordre apparent, et que cela ne leur enlève pour autant aucun pouvoir émotionnel. Chaque année, le 31 décembre, nous décomptons les secondes jusqu’au moment fatidique ; avant de fêter le Nouvel an chinois un mois plus tard ;  tout en s’excitant d’une prétendue date mystérieuse du calendrier maya.  Les calendriers, loin de s’opposer, se conjuguent et nous enrichissent !

Le calendrier du futur

Puisqu’ils sont des fictions marquées par la culture et  l’époque dans lesquelles ils naissent, on peut imaginer que les calendriers seront complètement différents dans le futur. A quoi pourrait ressembler un calendrier dans plusieurs siècles ? Cela dépend en grande partie du paradigme dans lequel nous évoluerons. Si, par exemple, notre civilisation vient à être chamboulée par un évènement majeur, il est tout à fait probable que ce jour devienne le début d’un nouveau calendrier, comme la naissance de Jésus a pu devenir l’année 1 de notre calendrier actuel.

A titre d’illustration, dans mon roman, qui se déroule au 31è siècle, l’homme a colonisé les étoiles, et la Terre n’existe plus. Le début du calendrier, dit ilidien, est fixé à la date de la destruction de la Terre, ce qui parait tout à fait vraisemblable (cette date serait très fortement chargée émotionnellement et fédèrerait toute l’Humanité). Les semaines ne font plus sept jours, mais dix jours, ce qui parait également plus logique d’un point de vue mathématique. Il n’y a donc plus quatre semaines, mais trois semaines par mois. Enfin, l’idée de saison a été rendue complètement osbolète, puisque la Terre qui les justifiait, n’est plus.

La fictionnalité des calendriers nous permet de comprendre que le temps qui passe n’est qu’une perception humaine, évoluant avec notre histoire. C’est un point de repère, un moyen d’organiser nos journées de la même manière que notre voisin, afin de faire société. Ne vous inquiétez pas, quelle que soit la date et le calendrier que nous utiliserons dans le futur, nous aurons toujours besoin de quelque chose à fêter, et d’une bonne excuse pour se retrouver ensemble !

Bonne année 2015 !

 

 

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Sources :

http://www.linternaute.com/histoire/magazine/dossier/06/jours-feries/1er-janvier/1er-janvier.shtml
http://www.opisline.com/Journal/echos/noel.html
http://fr.wikipedia.org
http://www.lefigaro.fr/actualite-france/2012/11/20/01016-20121120ARTFIG00501-benoit-xvi-remet-en-cause-la-date-de-la-naissance-du-christ.php
http://symbolos-fg.com/sprec20.htm#n5
http://www.chiourim.com/cal/calendrier_hebraique.php
http://www.caminteresse.fr/

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Un commentaire sur “Bonne année 2015, dites-vous ?

  • « Nous ne sommes donc pas en 2015. Peut-être sommes nous-en 2008, ou en 2011  »

    Donc, la catastrophe Maya de 2012 est peut être toujours en Stand By soit pour l’année prochaine ou dans 4 ans…

    Wait & See 🙂

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